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Lunette thermique et chasse : que dit la loi française ?

24 juin 2026 · mis à jour le 19 juillet 2026 · par

Lunette thermique et chasse : que dit la loi française ?

Imaginez la scène. On est en fin de battue, le sanglier a filé dans le sale, on sort le monoculaire thermique acheté sur internet, accroché au sac. Le voisin a ses jumelles thermiques autour du cou. Un autre filme ses tirs avec une petite caméra vissée sous le canon. Et quelqu’un finit toujours par poser la vraie question : « Au fait, j’ai vraiment le droit d’utiliser tout ça à la chasse, ou je joue avec mon permis ? »

Honnêtement, vous n’êtes pas le seul à vous poser la question. Les vendeurs de vision thermique et de vision nocturne ont longtemps laissé croire que tout ce matériel passait crème à la chasse en France, tant qu’on ne tirait pas n’importe comment. Sauf que le Code de l’Environnement, lui, ne raconte pas la même histoire. L’article L.424-4 encadre strictement la chasse de nuit et l’usage d’engins motorisés pour repérer le gibier, et l’arrêté du 1er août 1986 a longtemps fixé une liste très serrée de moyens électroniques autorisés à la chasse.

Depuis l’arrêté du 30 juillet 2025, la donne a enfin changé pour les appareils thermiques tenus à la main. Les monoculaires et jumelles thermiques sortent du pur « interdit » pour entrer dans un cadre précis : autorisés à la main, interdits dès qu’on les fixe sur l’arme ou qu’on les transforme en aide directe au tir. Entre autorisations, interdictions et dérogations préfectorales, il existe maintenant une zone très nette. L’objectif ici est simple : qu’à la fin de l’article, vous sachiez exactement ce que vous avez le droit de faire avec votre matériel, sans vous faire peur pour rien mais sans naïveté non plus.

Comprendre le cadre légal : ce que dit vraiment l’article L.424-4 du Code de l’environnement

On va partir de la base. L’article L.424-4 du Code de l’environnement pose deux idées fortes : la chasse de nuit est interdite par principe, et l’emploi d’un engin motorisé pour repérer le gibier en vue de le chasser est interdit. La nuit, en droit, ce n’est pas « quand il fait sombre », c’est la plage entre une heure après le coucher du soleil et une heure avant son lever. Un renard aperçu à 22h en plein été, légalement, ce n’est pas la même chose qu’un sanglier tiré à 2h du matin.

Ce même article renvoie à un arrêté ministériel pour lister les « moyens d’assistance électronique » autorisés pour la chasse et la destruction. C’est là qu’intervient l’arrêté du 1er août 1986. Il fixe une liste exhaustive : tout ce qui n’est pas dedans est considéré comme interdit en action de chasse. L’idée globale est très claire : limiter la chasse « high-tech » trop efficace, protéger le gibier et garder un minimum d’équité entre l’animal et le chasseur.

Dans ce cadre, les drones équipés de caméras thermiques sont le contre-exemple parfait. Vous avez un engin motorisé, avec une caméra, qui survole un territoire et repère des animaux pour organiser un tir : l’article L.424-4 vise exactement ce scénario. On en reparle plus bas, mais sur ce point, la loi ne laisse quasiment aucun espace de manœuvre.

Arrêté du 30 juillet 2025 : ce qui change concrètement pour le thermique à la chasse

Avant l’été 2025, les appareils de vision thermique étaient globalement considérés comme interdits en action de chasse pour les particuliers, car non mentionnés dans l’article 7 de l’arrêté de 1986. La seule fenêtre, c’était la destruction administrative, par exemple lors des opérations liées à la peste porcine africaine, sur base d’arrêtés préfectoraux très encadrés.

Cette vidéo illustre concrètement ce qui vient d'être expliqué :

Découverte de la Lunette infrarouge PARD DS35 LRF: Performance et Précision Inégalées même — Evo-Hunt

L’arrêté du 30 juillet 2025 vient ajouter une phrase clé à l’article 7 : les « appareils monoculaires ou binoculaires thermiques » sont autorisés, à l’exclusion des appareils utilisables sans l’aide des mains et des monoculaires équipés d’un adaptateur pour fixation sur une lunette de tir. En clair :

  • monoculaires et jumelles thermiques : autorisés si tenus à la main ;
  • lunettes thermiques, clip-on, modules fixés sur l’arme : interdits ;
  • monoculaire thermique + adaptateur pour le mettre devant une lunette : explicitement exclu.

Concrètement, pour vous sur le terrain, cela ouvre trois usages typiques :

  • observation avant le tir : repérer les animaux au crépuscule, vérifier s’il y a des animaux autour d’un passage fréquenté ;
  • contrôle d’un point d’impact : après un tir limite lumière, vérifier si l’animal est tombé ou est reparti ;
  • recherche de gibier mort ou blessé, à condition que la personne qui utilise le thermique ne soit pas porteuse d’une arme.

Par rapport à la position d’ancienne interdiction totale en action de chasse, on a clairement une rupture : le thermique à la main entre officiellement dans la zone autorisée. Les vendeurs n’inventent plus, cette fois le texte les suit réellement.

Vision thermique, vision nocturne, intensification de lumière : ne pas tout mélanger

Premier réflexe à avoir : bien distinguer deux familles de dispositifs de vision nocturne.

Technologie Principe Régime juridique général
Vision nocturne par intensification de lumière Amplifie la lumière résiduelle (lune, étoiles, lumières lointaines), via un tube intensificateur, parfois avec un illuminateur infrarouge. Appareils civils en catégorie D, usage possible à la main pour la chasse et la destruction, interdits dès qu’ils sont mains libres ou fixés sur l’arme.
Vision thermique (imagerie thermique) Détecte le rayonnement de chaleur des corps via un capteur (microbolomètre) fonctionnant en obscurité totale, même avec un léger couvert végétal. Avant 2025 : usage à la chasse interdit sauf destructions administratives. Depuis 2025 : monoculaires/jumelles thermiques à la main autorisés, tous les systèmes fixés sur arme interdits.

Sur un affût au sanglier, vous pouvez par exemple avoir des jumelles à amplification de lumière pour venir au poste en sécurité et identifier un déplacement à la main. Sur une approche renard, un monoculaire thermique aidera à repérer l’animal dans une parcelle de blé haut, sans tirer avec le thermique. Et pour un comptage de chevreuils, beaucoup utilisent encore la vision nocturne classique, justement pour rester dans une logique d’observation pure.

L’enjeu, c’est que vous sachiez dans quelle catégorie tombe votre matériel : appareil à intensification de lumière ou imageur thermique, optique de visée montée ou observation à la main. C’est cette qualification qui déclenche le régime légal.

Appareils à tenir en main : ce qui est désormais autorisé pour les chasseurs

Depuis la réforme de juillet 2025, le cœur de la réglementation sur la vision thermique à la chasse tient dans une phrase simple : thermique oui, mais à la main.

Sont donc dans la zone autorisée, en action de chasse, pour le chasseur « classique » :

  • monoculaires thermiques utilisés à la main pour l’observation ou le repérage, non fixés sur l’arme ;
  • jumelles thermiques tenues à la main pour repérage ou vérification d’un tir.

Exemple très concret : en battue, vous pouvez avoir la carabine à l’épaule et un monoculaire thermique à la ceinture, que vous sortez pour vérifier un mouvement dans les fougères. L’arme reste l’outil de tir, le thermique reste un outil d’observation. Même logique à l’affût : on repère au thermique, on pose le thermique, on tire avec une optique de jour réglementaire.

Pour la recherche au sang, les fédérations rappellent une règle simple : la personne qui utilise l’appareil thermique ne doit pas être porteuse d’une arme, même déchargée. On est dans une logique de sécurité cynégétique et de respect du texte : observation et récupération, oui, mais sans transformer cette phase en chasse de nuit déguisée.

Matériel interdit : lunettes thermiques, clip-on et autres dispositifs fixés sur l’arme

Là où les choses se gâtent pour certains équipements, c’est dès que la fixation sur arme entre en jeu. Le texte est très clair : tous les dispositifs thermiques qui deviennent une aide directe à la visée restent interdits pour le chasseur lambda.

Restent donc interdits en action de chasse :

  • lunettes thermiques de tir montées sur l’arme, hors dérogations spécifiques pour la régulation (on y reviendra) ;
  • modules clip-on thermiques fixés sur une lunette de tir, même si le module peut aussi se démonter et se tenir à la main ;
  • monoculaires thermiques équipés d’un adaptateur pour fixation sur lunette de tir, explicitement exclus par l’arrêté de 2025.

Point sensible : le cas du clip-on. Techniquement, avec un oculaire, certains l’utilisent comme monoculaire à la main. Juridiquement, plusieurs fédérations et analyses considèrent encore l’objet comme un « dispositif de visée » dès lors qu’il est conçu pour se monter sur une lunette de tir, donc dans la zone interdite en action de chasse. Sur ce point, la prudence s’impose clairement : entre ce que raconte un vendeur et ce que retiendra un agent de l’OFB ou un juge, il y a parfois un gouffre.

Cas particuliers : départements d’Alsace-Moselle et dérogations spécifiques

On entend régulièrement : « En Moselle, ils tirent tout au thermique, c’est libre-service ». Non. Ce sont des dérogations préfectorales très précises, liées à la régulation du sanglier ou à la lutte contre certains dégâts agricoles.

Exemple en Moselle : un arrêté préfectoral a autorisé l’utilisation de lunettes de visée thermiques pour le tir de nuit du sanglier, uniquement dans le cadre de la destruction administrative, sur une période donnée. Les conditions sont lourdes :

  • déclaration auprès du maire pour la destruction de nuit ;
  • accord écrit du lieutenant de louveterie territorialement compétent ;
  • tir uniquement à l’affût, depuis un mirador, à plus de 1,50 m du sol, tirs fichants à moins de 100 m, respect du schéma départemental.

Autrement dit, ce ne sont pas des « passe-droits » pour les chasseurs de loisir. On parle d’opérations de destruction encadrées, avec responsabilité administrative et pénale. Dans ces départements comme ailleurs, sans arrêté préfectoral précis, la lunette thermique de tir reste interdite en chasse ordinaire.

Caméras embarquées sur l’arme et vision nocturne : l’exception des dispositifs de moins de 15 cm

Le même arrêté du 30 juillet 2025 introduit une autre nouveauté qui intrigue beaucoup de monde : la dérogation pour certaines caméras automatiques sous canon.

Le principe de base de l’arrêté de 1986, à l’article 2, était simple : interdiction des appareils photo ou vidéo fixés sur l’arme. L’arrêté de 2025 ouvre une exception pour :

  • les caméras d’une longueur maximale de 15 cm ;
  • placées sous le canon ;
  • dont l’enregistrement se déclenche automatiquement par la détonation.

C’est typiquement le cas des caméras type Shotkam : le chasseur peut filmer le tir, revoir la séquence, analyser son geste, sans transformer la caméra en dispositif de visée nocturne ou en écran de tir. La différence avec une lunette de tir connectée ou une optique numérique avec vision nocturne intégrée est nette : la caméra ne sert pas à viser, elle enregistre après coup.

Si vous voulez rester dans les clous, retenez l’idée suivante : une petite caméra sous le canon, courte, déclenchée par le tir, reste dans la dérogation. Une optique de visée numérique avec vision nocturne intégrée utilisée pour tirer de nuit sort du cadre, sauf autorisation préfectorale spécifique pour la régulation.

Drones et caméras thermiques : pourquoi la loi est drastique pour le repérage motorisé

Ici, la réponse tient en un mot : interdit L’article L.424-4 précise que « nul ne peut utiliser un engin motorisé pour le repérage du gibier en vue de sa chasse ». Un drone avec caméra thermique, c’est un engin motorisé utilisé pour repérer des animaux : le survol d’une zone de chasse avec un drone thermique s’analyse donc comme un repérage motorisé du gibier, sauf usage relevant d’une mission technique ou agricole étrangère à la chasse.

En pratique, le repérage au drone thermique en contexte de chasse n’a aucune marge de tolérance. Même sur terrain privé, même pour « tester le matériel », on flirte avec l’infraction. Les sanctions peuvent être lourdes : amende élevée, peine de prison selon le cumul d’infractions, confiscation du drone, suspension du permis de chasser. Pour un chasseur loisir, ce n’est pas un terrain sur lequel jouer.

Sanctions encourues : ce que risque vraiment le chasseur en cas de contrôle

Sur le terrain, la ligne juridique se matérialise surtout au moment du contrôle : agents de l’OFB, gendarmerie, brigades vertes, parfois même agents des FDC. Le risque le plus courant, c’est l’usage d’un appareil de vision thermique hors du cadre autorisé.

Le fait d’être porteur d’un appareil de vision thermique en action de chasse, en dehors de ce que prévoit l’arrêté, constitue une contravention de 5e classe, sur la base de l’article R.428-8 du Code de l’environnement. On parle d’une amende qui peut monter à 1 500 €, avec saisie possible du matériel (jumelles thermiques, monoculaire, lunette de tir, drone, etc.).

Quelques situations typiques qui posent problème :

  • monoculaire thermique fixé sur la lunette de tir via un adaptateur : cas classique, texte expressément violé ;
  • clip-on thermique utilisé pour tirer de nuit sans arrêté préfectoral : usage assimilé à une aide au tir interdite ;
  • drone thermique survolant une zone de chasse au crépuscule : présomption de repérage cynégétique, avec sanctions pénales possibles.

On ne dramatise pas, mais il faut être lucide : en cas de contrôle, l’argument « le vendeur m’a dit que c’était légal » ne pèse rien face au Code de l’environnement. Mieux vaut savoir où s’arrête la zone autorisée.

Conseils pratiques pour rester dans les clous : s’équiper sans se mettre hors la loi

On va être pragmatique. Avant même d’acheter un nouvel appareil de vision nocturne ou de vision thermique, posez-vous trois questions simples.

  • Mon matériel se tient-il à la main, sans fixation sur arme ni montage mains libres ? Si la réponse est oui et qu’on parle de monoculaire ou jumelles thermiques ou de vision nocturne civile, vous êtes dans le bon cadre pour l’observation et certains usages de chasse, selon les textes.
  • Existe-t-il un arrêté préfectoral qui autorise le tir de nuit avec aide électronique dans mon département ? Si vous envisagez une lunette thermique ou un adaptateur de visée nocturne, la réponse doit être écrite, officielle, et nominative pour la régulation.
  • Quel est le rôle réel de mon appareil : observation ou aide directe au tir ? Dès que l’appareil sert à viser ou s’intègre au système de visée, on passe dans un régime d’autorisation très encadré, voire d’interdiction pour la chasse ordinaire.

Quelques habitudes simples aident à rester tranquille :

  • garder son thermique dans le sac ou à la ceinture pour l’observation, et ne jamais l’installer sur l’optique de tir ;
  • pour la recherche d’un animal blessé au thermique, poser l’arme au véhicule ou confier la carabine à quelqu’un d’autre : celui qui tient le thermique ne doit pas être armé ;
  • garder sur son téléphone une copie de l’arrêté du 30 juillet 2025 et les consignes de sa FDC, en cas de contrôle ;
  • laisser les drones thermiques aux usages professionnels ou aux associations autorisées, et les sortir de la chasse.

On peut profiter des progrès de la vision nocturne et de la vision thermique sans se transformer en opérateur militaire. Il suffit de jouer avec les textes, mais dans le bon sens du terme.

Vision nocturne et thermique demain : comment les chasseurs s’adaptent à ce nouveau cadre légal

Depuis l’arrêté du 30 juillet 2025, on voit bien une tendance : les jumelles thermiques et les monoculaires d’observation deviennent des compagnons presque banals en battue ou à l’affût. Les chasseurs les utilisent pour la sécurité (vérifier qu’il n’y a personne derrière un rideau de végétation), pour mieux lire le terrain, pour contrôler un tir limite lumière. Les petites caméras sous canon, elles, trouvent leur place pour l’analyse des tirs et la formation.

En parallèle, les débats sont vifs. Certains estiment que trop de technologie tue l’éthique de la chasse, d’autres rappellent qu’un tir mieux identifié grâce à la détection thermique améliore la sécurité cynégétique et la récupération au sang. La loi actuelle trace une ligne assez cohérente : technologie oui, mais dans la main, et sans transformer l’optique de tir en système de combat nocturne.

Si on devait garder une seule règle simple pour être tranquille en battue ou à l’affût, ce serait celle-ci : thermique à la main, arme à la main, mais jamais les deux reliés ensemble. À partir de là, on peut profiter de la réforme de juillet 2025 sans se retrouver un jour à expliquer son matériel devant un tribunal. Personne n’a envie de tester cette expérience-là.

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